mardi 28 décembre 2010


L'esprit de Noël, c'est le partage, l'intention de faire plaisir, les kilomètres qu'on fait volontiers dans la neige pour trouver LE cadeau qui touchera. C'est une ombrelle crème ourlée de dentelle pour quelqu'un qui se rêve en Françoise Fabian dans "Les dames de la côte" et à qui le premier rayon de soleil donne des taches de rousseur. C'est une étole fuchsia pour quelqu'un qui avait envie de couleurs vives et qui aime s'enturbanner dans de la soie. C'est un châle vieux rose pour quelqu'un qui aime s'enrouler dans des étoffes douces quand tout est blanc aux alentours. C'est un pot de confiture faite maison qui sent bon tous les parfums de Noël en Alsace.
Mais ce n'est SURTOUT pas le dernier Virginie Despentes acheté juste parce qu'il a obtenu un prix littéraire pour une obscure raison. En plus chère belle-maman, vous tomberiez à la renverse si vous commenciez à le feuilleter, je crois que votre pudeur en serait offusquée ! Je vous ai offert la biographie de Madame de Gaulle pour votre anniversaire et vous l'avez adorée. C'est votre génération, ça réhabilite une femme de l'ombre dans laquelle vous vous êtes sans doute un peu reconnue. C'est ce que j'appelle un cadeau, quelque chose choisi pour une personne en particulier parce qu'on pense vraiment que ça lui correspond. 
Je crois que je vais ranger mon prix Renaudot avec mon horrible vase couleur gadoue, avec mon autre vase-bougie dans lequel une fleur en plastique flotte au milieu de la paraffine (je l'ai fait tomber un jour, c'est le piano qui a souffert mais pas le bibelot), pas très loin de mon tablier de cuisine que j'utilise, si si, et loin des autres vases que j'ai malencontreusement brisés alors qu'ils n'étaient pas si moches que ça.
Le pire est que ma belle-mère est une personne gentille qui, je crois, m'aime plutôt bien même si elle me répète souvent qu'elle reprend son fils illico si je n'en veux plus. Je l'aime bien aussi, elle est discrète et ne s'est jamais permis le moindre commentaire sur notre mariage civil ou le fait que nos filles ne soient pas baptisées, elle qui est catholique pratiquante.
C'est juste que nous n'avons pas la même vision du sens du mot cadeau. Pour moi, le plaisir de choisir est réel et anticipe le plaisir de celui qui le recevra. Pour elle, c'est une obligation à remplir. Je ne lui tiens pas du tout rigueur de cette divergence de vue, elle a bien d'autres préoccupations à 82 ans.

jeudi 23 décembre 2010


Pas de stress à Noël pour moi cette année. Tout sera réduit au minimum, d'où ma légèreté d'esprit actuelle. Les fêtes m'angoissent. Je commence seulement à respirer quand on m'a donné mon cadeau d'anniversaire et que c'est ENFIN devenu un jour normal. Je serais capable de faire parvenir un courrier de mon avocat à mon mari s'il s'avisait de me parler anniversaire de mariage. Donc évidemment, les fêtes de fin d'année me stressent avec leur caractère obligatoire et régulier comme le tic tac d'une horloge qui nous emmène inexorablement vers la fin.
Mais demain soir nous ne serons que quatre, je n'ai aucune idée du menu et personne n'aura mis de robe ridicule à froufrou ou à strass. D'ailleurs il me manque un cadeau, il va falloir que je règle ça. Le 25, j'accomplirai mon devoir dans la belle-famille. Je serai sage et souriante, je ne dirai pas de bêtise et je remercierai ma belle-maman pour le formidable tablier ou le magnifique porte-photos qu'elle m'offrira.
Rien de prévu pour le 31, j'espère que nous ne serons que tous les deux. Un bon film, une petite bouffe sympa et si j'y arrive, j'essaierai de m'endormir avant minuit. J'ai bien aimé l'an dernier. Nous avions laissé la maison à ma deuxième fille et ses amis et nous avons mangé au restaurant chinois, puis nous sommes allés dans un hôtel situé à vol d'oiseau à 500 mètres de chez nous. Nous avons regardé un DVD en v.o. puis nous nous sommes couchés.
Quand j'étais petite, il n'y avait jamais de sapin de Noël. Nous étions toujours chez mon grand-père et on faisait un repas de fête avec mon oncle et sa famille mais pas de cadeaux. Nous faisions la même chose pour le nouvel an, sauf qu'à la fin du repas tous les petits-enfants allaient l'un derrière l'autre embrasser mon grand-père en lui souhaitant une bonne année. Il nous donnait nos étrennes en fonction de notre âge. Ça allait de la pièce de cinq francs au bon du Trésor. Ça m'intimidait beaucoup ce cérémonial. Je me souviens avoir inventé des cadeaux quand les copines d'école me demandaient ce que j'avais eu pour Noël. Je crois que mes parents nous offraient une bricole pour la Saint-Nicolas, mais j'ai bizarrement tout oublié à part une caisse enregistreuse qui sonnait quand le tiroir s'ouvrait, je l'ai adorée. Mais je ne me souviens de rien d'autre.
En fait je n'ai pas du tout la culture de Noël, c'est un pays où je me sens un peu étrangère, même si je l'ai réinventé pour mes enfants.

lundi 20 décembre 2010

Hermione des Vosges (chapter 2)

En cette période de froid, de neige et de bouillasse immonde pleine de sel, permettez-moi de vous inviter à nouveau dans mon home douillet afin d'admirer la suite des oeuvres d'art qui le décorent.
Tout d'abord cette magnifique commode d'époque particulièrement remarquable par le décor qui la surplombe. Il s'agissait au départ d'une vulgaire petite ficelle à rôtir que ma fille aînée, désespérée par mon peu de souci du détail, a remplacée par un petit ruban rose. J'y accroche mes boucles d'oreilles les plus longues et ça met un peu de couleur dans ce monde de brutes. Il y a aussi deux petits badges dont un qui dit "what would Buddha do ?", ce qui est une vache de bonne question. Vous noterez aussi un authentique Monet que j'aime beaucoup, rapporté d'un voyage scolaire à Paris.
Puisque nous sommes dans ma chambre, poursuivons par le miroir dans lequel je me surprends parfois à compter le nombre de coups de brosses que je donne aux cils de chaque oeil depuis qu'une célèbre blogueuse a lancé un chiffre faramineux :)
Là aussi, vous voyez que la décoration est soignée à l'extrême. Cartes postales avec thématique vaches (j'ai un faible pour les vaches noires à taches blanches), bouddha supposé m'amener au zen, billet d'entrée à la Statue de la Liberté (ça frime et c'est un bon souvenir) ainsi que quelques oeuvres poétiques de mes enfants, allant du poème de fête des mères de maternelle au sonnet certes approximatif mais charmant. Ne tenez pas compte de la chose figurant au centre du miroir, ce n'est pas l'objet de l'article.
Pour terminer, abordons trois oeuvres picturales décrivant diverses périodes de leurs auteurs.

Ce tableau représente les quatre membres de la famille avec ce qui les symbolise. L'auteur, une blondinette à couettes, y figure avec son lapin bien-aimé, également appelé Pinpin. Lapin que j'ai sauvé in extremis de la poubelle il y a quelques années, lorsque la blondinette en question a estimé ne plus en avoir besoin. Je l'ai mis au fond de mon armoire où elle l'a récupéré depuis. Le père de famille y figure avec une cravate (ses enfants l'ayant baptisé "papa pas rigolo" quand il est en tenue de travail) mais au-dessus de sa tête figurent les emblèmes de son caractère rebelle et anti-capitaliste, les chaussettes un peu rigolotes qu'il aime cacher sous son pantalon de costume. Vous me reconnaîtrez à mon gabarit de Castafiore, je me demande parfois comment les enfants nous voient... Les inévitables vaches flottent au-dessus de ma tête. Quant à la grande soeur, les rideaux rouges d'un théâtre symbolisent son amour pour cet art.
Celui-là, je l'aime vraiment beaucoup. C'est ma fille aînée qui l'a fait quand elle était en primaire, je le trouve très réussi. Et les trois couleurs ainsi que la queue à rayures de notre fidèle bestiole sont parfaitement rendues.

Je terminerai par une note d'espoir pour les pauvres parents affublés d'adolescents vêtus de noir, jamais coiffés, pourvus d'un appareil dentaire, passant leur vie sur msn et ne communiquant guère, sauf pour être désagréables. Un jour, ça s'arrête ! Le jour où à 16 ans, ma fille m'a fait ce dessin humoristique, je lui ai donné sa vraie valeur : le symbole du retour parmi les humains d'une petite chenille qui était devenue un beau papillon plein de couleurs, d'espoir et surtout d'humour ! Voilà pourquoi ce dessin figure lui aussi dans ma chambre, et je souris chaque fois que je prends le temps de m'arrêter devant lui.

mercredi 8 décembre 2010


J'ai vu sur certains blogs le jeu du moment qui consiste à lister rapidement quinze livres qui ont marqué la mémoire de la blogueuse pour des raisons variées. Alors à moi de jouer, même si c'est finalement un peu frustrant et réducteur. Dès que la liste est finie, on pense à un incontournable qu'on a oublié. Tant pis, je joue le jeu.

  1. Tout d'abord Les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur dans la chère bibliothèque rose de notre enfance. Livre lu et relu, transmis aux enfants, plein d'une poésie surannée et de bons sentiments. A lire avant d'avoir pris conscience de la lutte des classes, mais tellement charmant !
  2. Le cousin de Gondolin d'Hélène Ray. Je dois être la seule au monde à me souvenir de ce bouquin qui a enchanté mon enfance. Un peu comme les Club des Cinq, à mettre dans la collection de ceux que je relisais chaque été à la campagne dans la grande maison pleine de livres.
  3. La mousson de Louis Bromfield. Relu également chaque été mais plus vers la pré-adolescence. Ce livre me laissait perplexe parce qu'une femme s'appelait Phoebe et je me demandais bien comment prononcer ce prénom... Livre que j'adorais, traitant entre autres de la rédemption d'une lady anglaise cynique et débauchée à travers son amour pour un médecin Indien qu'elle aide à soigner les malades de la peste, qu'elle finit bien sûr par attraper. Très romanesque quand j'y pense, mais j'étais ado, ça m'a fait rêver...
  4. Claudine de Colette. J'ai adoré l'écriture si précise et imagée de Colette, et puis ça m'a ouvert des tas de perspectives par exemple quand elle évoque sa nuit de noces par cette phrase : "Ce puissant Renaud me fait songer, par similitude, aux mains de la grande Anaïs qui voulait toujours gainer ses mains importantes de gants trop étroits"...
  5. L'herbe bleue. Qui n'a pas adoré ce livre à quinze ans ?
  6. Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell. J'aime les pavés romanesques, j'ai adoré celui-là. Et bien sûr détesté l'espèce de plagiat sans talent publié bien des années plus tard en France par une personne qui se pense écrivain.
  7. Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. Ah Simone ! Je n'aime pas tout chez elle, mais quand même, quel auteur, quelle vie, quel talent !
  8. Journal à quatre mains de Benoîte et Flora Groult. Ce livre est dans un état lamentable tellement je l'ai lu, trimballé, rangé et repris. Toute une époque, et puis un style parfait.
  9. Maria Tiefenthaler de Muriel Cerf. En fait je ne me rappelle pas vraiment ce bouquin, mais j'adorais Muriel Cerf et toute cette culture ashkénaze qu'elle véhiculait. Mais qu'est-elle devenue d'ailleurs ?
  10. La promesse de l'aube de Romain Gary. Une merveille.
  11. Les Buddenbrook de Thomas Mann. Grandeur et décadence d'une famille de négociants du nord de l'Allemagne au 19ème siècle, une saga pleine de charme avec des descriptions fascinantes.
  12. Les fleurs du mal de Charles Beaudelaire. Sûrement parce que c'est l'auteur favori de ma mère. Et puis je me rappelle avoir copié quelques lignes dans le livre de condoléances d'un collègue suicidé, "sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille, tu réclamais le soir, il descend, le voici"...
  13. Pars vite et reviens tard de Fred Vargas. Son meilleur d'après moi, mais je les ai tous et attends toujours avec impatience le prochain.
  14. Au bonheur des dames d'Emile Zola. Mais j'aurais pu mettre Le ventre de Paris ou un autre. J'adore. Sauf peut-être Germinal dont l'Education Nationale a fini par me lasser à force de nous en faire bouffer par des profs sans imagination.
  15. François Truffaut de Serge Toubiana et Antoine de Baecque. J'aime Truffait d'un amour irrationnel, et j'aime les biographies. J'ai emmené ce livre à l'hôpital quand on m'a opérée en neuro, j'aimais l'idée qu'il m'accompagne.

Voilà ! Je lis en ce moment La ronde de nuit de Modiano. Et j'ai pris la résolution d'acheter moins de livres mais de les emprunter à la bibliothèque, parce que j'en ai marre de livrer des tombereaux de bouquins que je ne veux pas garder à la kermesse de mon bled, au téléthon ou à Amnesty !

lundi 6 décembre 2010

Que dire après un week-end beaucoup trop bon pour que le lundi ne me soit pas douloureux ? J'ai fait le plein de rires, de chaleur et d'amour mais le contraste avec ce lundi est un peu brutal. Nous avons bu du champagne, échangé des petits cadeaux obligatoirement rouges mais coûtant cinq euros maximum, hué le Père Fouettard et fait un triomphe à Saint-Nicolas, j'ai reçu entre autres un "Acte vosgien tragicomique en cinq scènes et en alexandrins rimés" (avec couverture rouge) carrément hilarant composé par le copain de ma fille aînée, nous avons mangé des choses délicieuses... Et puis tout le monde est reparti et nous avons repris le chemin du boulot.
Là où je travaille règne parfois une ambiance délétère pleine de morosité, ça devient pénible à supporter. Trop de basses pressions depuis longtemps, trop de froid, trop de neige, trop d'enseignants forcément fatigués (en principe le prof est fatigué, c'est dans ses gènes), trop de dépressifs (l'enseignement rend-il dépressif ? Ou les dépressifs sont-ils attirés par l'enseignement ?). Bref il est temps qu'un peu de soleil revienne, ou les vacances, ou peut-être les deux.
Mais finalement ça devrait être interdit les trop bons week-ends, ça pourrit le lundi. Vivement demain.
  

mercredi 24 novembre 2010

Je sais, vous n'avez rien demandé, mais je vais quand même vous faire admirer deux oeuvres majeures d'art contemporain qui se trouvent chez moi.
D'abord ce dessin affiché dans les toilettes, tiré d'un nième numéro du Nouvel Obs consacré aux grandes écoles.

Je suppose qu'il est de Wiaz, je ne sais plus. Quand j'étais étudiante, on reconnaissait tout de suite ceux d'entre nous qui étaient inscrits au centre d'études politiques en plus de la fac. Les garçons avaient des mocassins, des pulls jacquards et des chemises et avaient l'air de se la péter grave. Quant aux filles, elles avaient déjà le collier de perles comme Maman , parfois le foulard Herpès et des talons plats. Ils appartenaient tous à la bourgeoisie de cette ville très bourgeoise et se fréquentaient entre jeunes gens du même milieu. Autant vous dire que nous n'avions pas les mêmes valeurs et que c'est à cause d'eux que des gens comme Arlette Laguiller ont eu ma voix à certaines élections...
Je n'ai jamais compris comment on pouvait déjà voter à droite à 18 ans. Après, on fait ce qu'on veut, mais avant c'est trop tôt. Bref, j'avoue que je souris à chaque fois que je prends le temps de regarder ce dessin, et le vilain petit diablotin aux oreilles pointues qui sommeille en moi se dit que oui, vraisemblablement, elles ont fait l'ENA et puis Sciences Po, mais que décidément elles ont épousé un con.
Et maintenant changement de décor, passons à la cuisine.

C'est un tableau magnétique que ma soeur m'a offert il y a au moins... longtemps, ça c'est sûr. En principe, il est couvert de papiers divers et variés comme par exemple les références de la ferme auberge où j'achète le foie gras à Noël, le numéro de téléphone du plombier, une photo d'identité de ma plus jeune fille quand elle avait trois ans, le menu du livreur de pizza... Les aimants semblent en bon état vus de loin. En fait, comme le tableau est accroché au-dessus de la gamelle du chat, il est fréquent qu'ils tombent dans l'eau et ils sont tous assez abîmés. Mais j'aime bien ce tableau pour plein de raisons. C'est un cadeau de ma soeur, il est grand et pratique et il représente une cuisinière qui ressemble beaucoup à celle de la maison de campagne familiale.
Voilà, c'était la rubrique "Arielle Dombasle nous fait visiter son riad au Maroc", sauf que c'était Hermione en direct des Vosges.

mercredi 17 novembre 2010

Tout à l'heure, après une contrariété, j'ai ressenti une intense envie de chocolat. Ça faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé, cette espèce de connexion directe entre un problème et sa solution par la bouffe.
J'étais une jolie petite fille blonde souriante et bouclée, potelée comme il faut. Ensuite j'ai été une ado plutôt moche et sans grâce. Pas grosse mais pas fine, nulle en sport parce que j'étais tellement sûre de rater que je faisais en sorte de vraiment bien me louper. Et bien sûr il y avait des filles naturellement élancées que je regardais avec envie. Ma sœur m'avait un jour appelée "Gonflette", ce n'était pas sympa et je m'en souviens. En même temps c'était un âge où on était comme chien et chat, je ne lui en ai pas vraiment voulu.
J'ai fait une seconde scientifique  un peu contre mon gré et j'ai passé une année de véritable souffrance où j'avais peur en me levant le matin. Je me souviens avoir trouvé un réconfort dans de grands bols de chocolat au lait avec des tartines quelle que soit l'heure. Je suis sortie de l'âge très ingrat mais je ne me suis pas sentie plus à l'aise avec mon corps. En plus ma mère n'était pas psychologue pour deux sous et nous habillait de façon utilitaire mais on n'avait pas droit à la coquetterie. Pas facile quand des filles avaient des tas de fringues, moi j'avais des vêtements, c'est tout.
C'est lorsque je suis partie faire mes études que j'ai un peu mangé n'importe comment. En gros je ne mangeais rien de la semaine, puis je mangeais beaucoup pendant le weekend, sachant que j'expierais ce péché dès le lundi. Je mangeais une soupe claire le soir, puis je coupais les quartiers d'une pomme en tranches très minces et je lisais en mangeant très lentement ces lamelles. Puis j'allais me coucher, je dormais beaucoup à l'époque.
J'ai été aux anges quand on m'a dit que j'avais beaucoup maigri. Je me souviens que pendant que je travaillais à la bibliothèque universitaire, je tâtais l'os de ma tempe pour être sûre qu'on le sentait vraiment bien. En même temps j'ai l'impression qu'on le sent chez tout le monde, mais ça me faisait plaisir. J'aimais bien aussi m'allonger et voir mon ventre devenir creux avec les os du bassin bien visibles. 
Mais finalement je suis une fille sans excès, juste un peu limite parfois mais sans plus. Et quand j'ai rencontré ce bel étudiant qui a mis du soleil dans ma vie, mes règles qui avaient disparu depuis longtemps sont revenues comme par miracle. Et j'ai fait comme dit le bon professeur Rufo en parlant des anorexiques, ce que je n'étais pas, "un jour elles tombent amoureuses, elles font un bébé et elles sont guéries".



mardi 9 novembre 2010

J'adore mes filles. Oui je sais c'est très bête de dire ça, mais c'est vrai. Je les trouve belles, intelligentes, drôles, fines, matures, etc... Et le pire est que je suis habituellement la reine du scepticisme et du second degré, mais là je sens bien que toute distance m'abandonne.
Pourquoi la maternité prend-elle une telle place dans ma vie ? Je suis une fille intelligente (normalement), cultivée (raisonnablement) mais il y a des moments où je ne suis qu'une louve prête à tout pour défendre ses petits. Qui ont respectivement 19 et 22 ans, d'où le ridicule de la chose je vous l'accorde.
En plus je suis féministe, j'admire Elisabeth Badinter, je suis en train de relire Médée (qui tue ses enfants pour se venger de leur père, ce que je déconseille quand même), mais j'ai été submergée d'instinct maternel à la seconde où j'ai su qu'une petite cellule s'était divisée en moi pour devenir un enfant. J'ai allaité comme une bonne petite vache laitière alors que je pesais 50 kilos toute mouillée et j'ai rosi d'orgueil quand la sage-femme m'a dit que je pourrais allaiter tout l'étage de la maternité. J'ai été incapable de travailler quand mes filles étaient petites. J'ai su exactement à quel moment chacune avait découvert telle ou telle chose, puisque j'étais là pour le voir.
Quelquefois, ça m'étonne moi-même d'être mère à ce point là. Mais en même temps ça me remplit d'une plénitude à nulle autre pareille. Quand même, je sens bien que j'ai l'air un peu bête, là, avec mon sourire béat.



mercredi 3 novembre 2010


Quand nous étions enfants, mes frères, ma soeur et moi faisions nos devoirs tous ensemble sur la grande table de la salle à manger. Il arrivait même que mes parents fassent les leurs en même temps, surtout mon père. Ma mère s'isolait plutôt dans ce qu'on nommait le salon et qui était en fait une bibliothèque avec deux gros fauteuils en cuir et deux chaises elles aussi en cuir. Nous les enfants n'avions pas le droit de nous avachir perpendiculairement sur les gros fauteuils, le dos contre un accoudoir et les jambes sur l'autre parce que ça les abimait. En hiver, quand ma mère mettait son lourd manteau de fourrure qui sentait un peu la naphtaline, elle le posait sur un de ces fauteuils en rentrant. Bref, ma mère travaillait plutôt sur le "casier-secrétaire", une sorte de petit bureau caché dans un casier de la bibliothèque qui s'ouvrait. Mon père lui corrigeait ses copies assis sur une chaise le long du radiateur de la salle à manger. Il posait ses affaires sur la planche du radiateur et passait parfois un moment à rêvasser en regardant par la fenêtre avant de reprendre son stylo rouge.
Nous passions donc beaucoup de temps ensemble et étant la plus petite, j'écoutais tout et j'observais les grands qui faisaient leurs devoirs. J'étais une vraie éponge. Mes parents avaient d'ailleurs beaucoup ri une nuit de vacances où je dormais dans leur chambre et où j'avais récité dans mon sommeil quelques lignes du monologue de L'avare de Molière entendues réciter par mes aînés. Les grands me mettaient parfois à contribution et je me souviens d'un jour où l'un d'eux devait travailler sur Andromaque de Racine. Je revois parfaitement le gros poupon posé sur la commode qui figurait Pyrrhus. J'avais été désignée pour interpréter le rôle d'Hermione et donner la réplique à celui ou celle qui devait apprendre par coeur un autre rôle, je ne sais plus lequel. Le surnom d'Hermione m'est resté quelques temps, le temps que mon frère ou ma soeur ait fini de travailler sur cette pièce.
Voilà pourquoi je m'appelle ici Hermione. Ce joli nom est lié à un souvenir d'enfance. Je me rappelle une carte postale envoyée par ma soeur alors que ma mère l'avait emmenée consulter un spécialiste à Avignon et qui commençait par "ma chère petite Hermione". Elles m'avaient aussi rapporté une poupée de collection habillée en Niçoise, avec un panier orné de mimosa. Une complication des oreillons avait rendu ma soeur sourde d'une oreille, c'est pourquoi elles étaient allées consulter aussi loin de chez nous.

Tout ce préambule un peu long pour en arriver finalement à cette question : pourquoi avez-vous choisi ce prénom dans votre blog ? A part celles qui ont choisi de garder leur vrai prénom, quelle raison a poussé les autres à choisir telle ou telle dénomination ? Je me suis souvent posé la question en navigant d'un blog à l'autre, je serais heureuse que vous me répondiez même si vous n'êtes que de passage et ne laissez habituellement aucune trace.

lundi 25 octobre 2010



Je suis allée voir hier soir le film auquel on ne peut pas échapper, celui dont le réalisateur (un homme charmant au demeurant) et les acteurs sont présents dans tous les journaux, sur toutes les radios et toutes les chaînes de télévision.
D'accord les acteurs sont bons, surtout la Marion qui quitte enfin son air constipé et qu'on retrouve comme au temps de "Jeux d'enfant", une merveille de naturel, une vraie actrice quoi. Mais l'histoire... déjà vue cent fois, on devine chaque situation à l'avance, c'est du sous-Sautet, convenu à mort. La fin frôle le ridicule, presque gênante tellement elle est grandiloquente. D'autant qu'au bout de 2h34, j'ai commencé à bien me souvenir de ma vieille fracture du coccyx et de mon entorse sacro-coccygiène (pardon de vous raconter ma vie, mais je n'aime pas souffrir inutilement).
Et puis tous ces jeunes bobos sont malheureux, ils fument comme des pompiers, ils picolent, ils ne savent pas aimer, mais qu'est-ce qu'ils veulent ??? Enfin bref ils m'ont gonflée avec leurs problèmes existentiels, je crois que je suis trop vieille pour ce genre de films. En attendant, j'écoute Philipe Katerine dont mon cher et tendre m'a offert le CD pour mon anniversaire, ça au moins ça me fait mourir de rire et ça ne se prend pas au sérieux.

dimanche 17 octobre 2010

Dimanche en automne

Un jardin qui aurait bien besoin d'être nettoyé...
un moulin à vent breton qui voisine avec des bégonias ébouriffés...
un chat qui perd ses poils blancs sur un coussin noir qui vient juste d'être aspiré...
des lys qui parfument toute la pièce, offerts par une jeune fille de 22 ans...
qui a rapporté une valise pleine de linge à laver...
qui vient s'empiler sur son lit au fur et à mesure des lessives...
la jeune fille de 22 ans pense à ses poupées d'enfance...
elle décide de rapporter à Paris ses préférées...
elle aime particulièrement celle qui évoque l'effet indien...
Ça y est, elle vient de partir reprendre son train, tandis que sa petite sœur aux longs cils est partie ce matin chez son amoureux.

Un bon dimanche, finalement.

mercredi 13 octobre 2010


Pfffffffff ! Ca y est j'en ai marre, le bel enthousiasme que j'avais depuis la rentrée commence à s'effilocher un brin. J'ai quand même tenu sept semaines en restant positive, c'est remarquable. Si si, parfaitement. Je suis restée également souriante et zen avec tout le monde, c'est magnifique. Mais là j'ai une légère envie d'envoyer tout valser. Ca doit être pour ça qu'il y a des vacances toutes les six semaines dans ma branche... Ha ha je rigole, ne vous énervez pas. Enfin il y a vraiment des vacances toutes les six semaines, mais j'en connais qui bossent autant voire beaucoup plus et qui n'y ont pas droit. Je sais, c'est moche.
Mais le fait est qu'entre les étudiants immatures et les collègues, je sature. Là par exemple je viens d'être dérangée pour un motif futile par Lapin le prof d'allemand. Je l'appelle comme ça depuis qu'une collègue lui a téléphoné et est tombée sur sa femme qui a hurlé "Laaaaapin" pour l'appeler. Sachant qu'il n'est pas très loin de la retraite, est petit et rondouillard avec une barbe, ça nous a bien fait rire. Depuis, je travaille à un trombinoscope des enseignants, pas de raison qu'il n'y en ait que pour les élèves. Enfin bref ce pauvre Lapin est quand même professeur certifié, il n'est pas foutu de remplir un imprimé sans venir me demander comment on fait. Et bien sûr, il a oublié de signer. Plus assisté tu meurs...
Mais arrêtons de râler contre notre prochain, je vais me requinquer quelques jours à Amsterdam à la fin du mois avec mon cher et tendre, après je serai à nouveau souriante et zen. Enfin peut-être, à condition qu'on ne m'énerve pas, non mais.

dimanche 3 octobre 2010

Ces derniers temps, j'ai eu l'occasion de réfléchir à ce besoin d'anonymat que j'ai dans mon blog et notamment au fait que mes proches ne connaissent pas son existence. D'abord parce qu'il s'avère qu'une des sympathiques visiteuses de mon blog s'est révélée habiter ma ville, travailler dans le même milieu professionnel que moi et avoir ma meilleure amie comme collègue. Ensuite parce qu'une autre sympathique visiteuse de mon blog a eu la gentillesse de me proposer de devenir son "amie" sur Facebook afin que je puisse voir ces très belles photos.
Dans les deux cas, ça va un peu à l'encontre de tout ce que je souhaitais ici, c'est-à-dire rester cachée derrière un pseudonyme. Mais dans les deux cas également, j'ai trouvé la démarche très chaleureuse et amicale et je n'ai aucune envie de revenir en arrière.
Depuis toujours, pour me sentir libre j'avance masquée. Je ne mens à personne mais je ne me livre complètement à personne. J'aime écouter les gens et réfléchir à ce qu'ils me disent, relancer la conversation et les faire parler davantage. Par chance, la plupart des gens aiment qu'on les écoute et ne pensent même pas à renvoyer les questions. Cela m'évite d'avoir à me dévoiler.
En revanche, je peux livrer des choses très personnelles par écrit. Ou à des inconnus. J'adore l'anonymat des très grandes villes, je m'y sens libre comme nulle part ailleurs. Sûre de ne croiser personne de connaissance, j'ai l'impression d'y être enfin moi-même.
Peut-être faudra-t-il un jour que je rassemble mes facettes, tous les morceaux que je laisse apparaître à des personnes différentes pour devenir la même pour tous. Que j'arrête de m'adapter à mes interlocuteurs, comme je le fais toujours naturellement et presque inconsciemment, pour devenir tout simplement moi-même. Au risque de déplaire ou de décevoir. Ou pas, qui sait ?

mardi 21 septembre 2010

Dans mon département, comme dans tous sans doute, il y a un hôpital psychiatrique dont le nom à lui seul est une menace. Il porte un nom de lieu et quand on dit "untel est à R.", c'est comme dire qu'il est à Ste Anne pour Paris ou à St Venant pour le Pas-de-Calais, ça veut tout dire.
Tous les ans, quand j'étais à l'école de musique, nous allions passer un après-midi avec les enfants de cet hôpital. Nous prenions le bus avec nos instruments puis installions nos pupitres dans une grande salle. Ensuite, nous faisions un concert de musique de chambre pour les enfants et quelques soignants qui les accompagnaient.
Puis venait le moment du goûter pris tous ensemble. Je me souviens de salade de fruits en conserve accompagnée de gâteaux en forme d'éventail. Nous faisions connaissance avec nos voisins de table et finissions l'après-midi en discutant entre jeunes.
J'imagine que les enfants qui venaient nous voir étaient sélectionnés parmi les cas les moins graves ou les plus calmes. J'étais jeune et je ne connaissais rien du monde de la psychiatrie. Peut-être y avait-il quelques anorexiques, des dépressifs, des trisomiques, des enfants un peu handicapés mais sans rien de très choquant pour des gens venant de l'extérieur.
Je me souviens d'avoir discuté avec un garçon au sujet de nos chanteurs préférés et nous avions fait le projet de nous échanger des posters de nos idoles de l'époque.
Je me souviens surtout d'une question qu'il m'a posée. "Et toi, tu retournes chez tes parents tous les combien de temps ?". Je ne me rappelle plus ma réponse, j'ai dû noyer un peu le poisson pour ne pas l'attrister, mais je n'ai jamais oublié sa question. Un peu comme celle du type qui regarde au-dessus du mur de l'asile où il est enfermé et demande "vous êtes combien là-dedans ?". Toujours la question de savoir de quel côté du mur on est, finalement.

mercredi 15 septembre 2010

Entendu deux bonnes blagues tout à l'heure à la radio. D'abord Le Pen qui disait qu'il ne voyait qu'Alain Delon pour l'incarner au cinéma, autant physiquement qu'au plan des idées. J'aime autant ne rien savoir des idées politiques de Delon, mais physiquement ??? Est-ce que la prétention peut rendre un borgne aveugle ?
Ensuite, j'ai entendu qu'une Anglaise s'était couchée avec un fort mal de tête et réveillée avec l'accent français. Ca c'est de l'info. C'est vrai qu'en même temps ça doit être contrariant, mais je m'en tamponne un peu.
Vous écoutez quoi, vous, comme radio ? RTL je ne supporte pas, Europe 1 de moins en moins, France Inter pas tout le temps, France Musique c'est parfois carrément mortel, France Culture je préfère pendant les vacances, mais sinon qu'est-ce qu'on peut écouter ? Les radios de djeunss avec plein de publicité et des jeux idiots, les radios de vieux avec les chanteurs de quand on était petits, les radios de ménagères avec des croisières à gagner ?
Certes certes j'ai une vie intérieure très riche, mais j'ai parfois besoin d'ouvrir mes oreilles à quelque chose d'autre que ma propre voix...

mercredi 8 septembre 2010



Dans le zoo où je travaille, il y a toutes sortes de spécimens. D'abord la directrice, tout un poème. Sac Vuitt*n, style BCBG prout-prout-ma chère, une petite émeraude par ci un gros rubis par là, genre Rota*y et compagnie. Charmante donc, ces gens-là sont toujours très bien élevés.
Ensuite il y a le staff du rez-de-chaussée. Dans l'ensemble, on se demande un peu comment elles arrivent à remplir une journée, mais elles n'avoueront jamais qu'elles glandent un peu. Il y a la langue de vipère qui adore vous répéter la petite phrase qu'elle a entendue sur vous et qui va vous agacer toute la journée. Il y a celle qui se croit vachement humaine, qui a besoin d'être aimée de tout le monde et vous envoie un mail inquiet genre "tu peux m'en parler si ça ne va pas, je t'ai trouvé mauvaise mine ce matin". Sauf qu'elle répète tout au moment du café, pas intérêt à lui confier quoi que ce soit. Il y a la grande bringue qui parle très fort avec une voix suraiguë juste pour couvrir ce que vous dites quand elle n'est pas d'accord, faudrait la baffer des fois. Heureusement qu'il en reste une que j'aime vraiment bien, sympa et tout.
Il y a aussi les personnels de service. Celle qui me raconte sa vie qu'apparemment elle ne confie à personne d'autre ici, j'attire la confidence. Elle a dans les 55 ans et se trimballe avec sa dernière analyse de sang dans la poche de peur que sa petite soeur (dans les 50 je dirais) ne tombe dessus. Elle a trop de tout mais ne peut pas s'empêcher de manger trop salé et de fumer. "La cigarette, j'ai que ça de bon" qu'elle m'a dit hier. Il y a celle qui est partie en retraite il y a deux mois. Il semble qu'elle soit partie avec six barils de lessive pour lave-vaisselle. Il faut dire aussi qu'elle venait laver le linge de sa famille dans l'établissement, il n'y a pas de petite économie. A mon avis, elle peut faire la vaisselle jusqu'en 2020 facile.
Il y a aussi nos amis les enseignants. Le dépressif qui a des responsabilités en plus de ses cours et a refusé hier une candidature, sauf qu'il avait étudié le même dossier la semaine dernière et qu'il l'avait accepté. Qui oublie parfois de faire son cours, qui engage des crédits qu'il n'a pas. Il y a son collègue anciennement dépressif mais qui pète le feu depuis qu'il a retrouvé l'amour. L'an dernier, il se tapait une de ses élèves, ça faisait désordre. Surtout que tout le monde le savait, il n'y a que lui qui pensait que c'était secret. Elle l'a plaqué, ouf, et il semble qu'il sorte avec une nana un peu plus dans ses âges, il frôle la quarantaine. Il y a la prof sympa et de bonne volonté qui se tape tout le boulot parce qu'il en faut au moins une qui tienne la route. Mais là je sens qu'elle sature, il n'y aura bientôt plus personne pour mener le navire. Forcément elle m'en parle, c'est mon côté écouteuse de première qui les attire.
Tout le monde pourrait faire un blog sur son boulot, il y a des cas partout. Je raconte ça à mon mari le soir, ça le fait mourir de rire ou ça le consterne selon les cas. Pour quelqu'un qui travaille dans le privé dans une boîte bien gérée, l'usine où je travaille ressemble à une usine à gaz. Ou au Titanic.

mardi 31 août 2010

Quand je lis l'enthousiasme que procure la musique à Soumarine (je ne mets pas le lien, je ne sais pas trop si elle souhaite garder un certain anonymat ou non), je me dis que mon éducation musicale a été un vrai gâchis.
Mon père venait d'une famille où on aimait la musique, il avait appris le violoncelle et avait une grande culture musicale. Malheureusement, mon frère aîné chantait faux et après qu'il eut essayé le piano et la clarinette, on décida de ne pas insister. En revanche, mon autre frère avait l'oreille absolue et jouait très bien du violoncelle. Il a même joué sous la direction de Sir Georg Solti quand il faisait ses études à Chicago et il joue du piano d'oreille, ce qui lui permet de massacrer toutes les chansons qu'il aime en chantant très fort et en s'accompagnant au piano, ce qui lui a toujours valu un grand succès auprès de mes filles quand elles étaient petites. Vint ensuite ma soeur, que l'on mit au violon.
Et puis comme d'habitude, qu'est-ce qu'on va faire de la petite dernière ? Pas le piano, il y a trop de pianistes et il n'en faut qu'un par orchestre (moi ça m'aurait plus, m'enfin passons...). Pas de violoncelle ni de violon, on a déjà. Et voilà comment je fus désignée d'office pour jouer de l'alto. Vous savez, l'alto, cet instrument peu connu dont le rôle consiste essentiellement à assurer les basses sans jamais avoir le chant (celui qui fait les mêmes notes pendant tout le canon de Pachelbel pendant que les violons s'amusent à sautiller gaiement...), celui pour lequel presque rien n'a été écrit et pour lequel on transpose des pièces écrites pour le violoncelle, celui qui a l'insigne honneur de jouer en clé d'ut troisième parce que c'est plus chic et qu'on adore apprendre à lire une nouvelle clé en plus de la clé de sol et de la clé de fa.
Malgré tout, je suis une bonne gamine et j'ai donc souffert sur les bancs de l'école de musique pendant onze ans, entre la théorie musicale, la musique d'ensemble, les cours d'alto et même l'orchestre le samedi soir à la fin. Le directeur de l'école de musique nous terrorisait, il avait des sourcils très fournis à la Pompidou, le nez fort et des petits yeux perçants. Mes parents le surnommaient "le bovin", à ne pas confondre avec "le biquet" qui était notre marchand de musique. C'est le directeur qui faisait passer les examens, il fallait l'appeler Monsieur le Directeur et on tremblait à l'approche des examens. J'aimais beaucoup le rythme et ne tombais pas dans le piège des syncopes (là où il faut lire ta ta-a ta parce que la note est à cheval sur deux battements musicaux) mais je détestais les dictées musicales. Par chance, au moins dans les petites classes, le professeur était un très vieux monsieur gentil comme tout et qui ne sentait malheureusement pas très bon. Il cachait soigneusement sa main droite sous une partition pour jouer la mélodie que l'on devait transcrire en notes, afin que personne ne triche. Mais comme il était très myope et que la dictée était écrite en énorme sur une feuille qu'il installait sur le pupitre du piano, nous avions miraculeusement tous d'excellents résultats.
Tout ça pour dire que j'ai gentiment fait de la musique du CE1 à la terminale. A la fin du dernier cours, j'ai rendu mon instrument puisqu'il m'avait été prêté par l'école. Et je n'ai plus jamais touché un alto depuis. J'ai toujours beaucoup de mal à entendre de la musique jouée de façon approximative, ça me rappelle ces années où j'aurais sans doute dû m'opposer plus fermement à mes parents. En revanche, le son du violoncelle m'émeut terriblement, ce qui fait que je ne le supporte guère plus. C'est bête tout ça, non ?

lundi 23 août 2010



Weekend dans la vieille maison de famille avec ma sœur et sa famille. J'en ai profité pour me replonger dans le peu d'archives familiales que nous ayons. J'ai commencé par le gros livre de recettes de la grande-tante Marie, qui était cordon-bleu à Paris chez les nobles. Tout semble si simple dans ce livre. L'art de faire des soufflés, des bombes glacées, des poulardes demi-deuil ou des saumons en croûte sans réfrigérateur, sans robot, sans chaleur tournante et sans le blog de Mercotte. Oh mon Dieu ! Et tout cela bien sûr pour dix personnes au moins, on a un rang à tenir.
Ensuite, j'ai sorti le maigre album photos. On y voit la susdite tante Marie (grande-tante de ma mère en fait), l'air pas très commode. En même temps elle avait eu un enfant naturel quand elle était certainement très jeune et il est mort en 1915 à la guerre, il n'avait pas 20 ans. Je comprends que la tante Marie n'ait pas eu le cœur à sourire. J'ai bien peur d'avoir hérité de son grand nez, il va falloir que je travaille mon sourire pour compenser. On y voit aussi sa sœur, la tante Marguerite. Visage doux et rond, elle était nounou à Paris dans des familles nobles elle aussi. J'ai ensuite relu une lettre que j'adore, qui vient d'une jeune fille dont elle avait été la nounou et qui écrivait pour annoncer ses fiançailles. Cette lettre écrite en 1922 est un bijou, j'aurais dû la recopier. Elle décrit le jeune fiancé en énumérant ses qualités : excessivement brave à la guerre, très religieux, présentant bien, d'autres qualités dont je ne me souviens plus et cette phrase que j'adore "et par dessus tout m'aimant à la folie". J'espère qu'elle a été heureuse, Mademoiselle Germaine D. de S, dans son mariage avec Monsieur Max de C. d'U. Le mariage a bien eu lieu, je viens d'en trouver l'écho dans le Figaro de mai 1922 trouvé sur internet.
J'ai interrogé ma mère pour savoir pourquoi ces jeunes filles partaient travailler à Paris. Il n'y avait pas beaucoup d'emploi dans les Vosges à cette période, pour les filles en particulier bien sûr, j'imagine que Marie et Marguerite étaient nées aux alentours de 1870. Elles travaillaient donc chez les nobles qui avaient une maison de campagne dans les Vosges en été et habitaient Paris le reste du temps. J'ai l'impression d'être dans "Les dames de la côte" quand je pense à tout ça. Il paraît que beaucoup de gens partaient aussi "garder les fous à Charenton".
J'ai aussi vu une lettre venant d'Allemagne en 1943 portant trois timbres à l'effigie du Führer, la carte d'étudiante de ma mère pour la même période, des tickets de rationnement, beaucoup de vieilles cartes postales qui feraient les délices des collectionneurs.
Au fait j'ai honteusement pris la photo sur internet, il faudra un jour que je scanne les vraies photos et que je les mette ici.


mardi 17 août 2010



A défaut d'avoir beaucoup d'inspiration en ce moment, j'ai mis en marge les adresses de blogs que j'aime bien consulter. Si d'aucun (je n'en vois qu'un dans la liste) ou d'aucunes (tout le reste étant féminin) s'y voient et ne souhaitent pas y figurer, qu'ils me le fassent savoir !
Et si quelqu'un sait si le blog d'Incertaine existe encore sous une autre forme, j'aimerais le savoir. Même si c'est un blog à accès réservé et que je n'en fasse pas partie, j'aimerais juste savoir si elle va bien.
A très bientôt, et n'hésitez pas à laisser un petit mot quand j'écrirai quelque chose. C'est cette petite trace qui fait qu'on sait que quelqu'un nous lit. Pas besoin d'une grande tartine (ou alors si, j'aime aussi), mais juste une trace :)

lundi 16 août 2010



J'étais partie pour raconter mes aventures dans les Ardennes, mais qui s'en soucie ? Ça fait environ un an que j'ai ce blog et je me demande si je vais continuer. Ça n'intéresse pas grand-monde, ce qui est normal, mais je me demande si ça m'intéresse moi-même.
Je pourrais parler de la nouvelle femme de notre copain, qui m'a beaucoup plu. Très agréable, un peu cassée par la vie certainement. Mère d'un enfant "Asperger" de 24 ans qui vit dans un institut spécialisé en Belgique, et qui a fondé beaucoup d'espoirs dans les cinq enfants de son compagnon. Erreur fatale bien sûre, elle est la méchante belle-mère et ils lui en veulent tous, ignorant certainement que c'est leur mère qui a tout cassé et qu'elle-même n'est arrivée que bien après. Elle a besoin d'en parler, lui est un taiseux qui préfère ignorer les problèmes, je pense que ça lui a fait du bien de pouvoir en discuter un peu avec nous.
Voilà, finalement c'est beau les Ardennes, il y a une belle architecture et un paysage très vallonné et boisé. Et les jardins donnent de beaux légumes, nous sommes partis avec ce qui est sur la photo.

jeudi 12 août 2010


C'est le mois d'août, il pleut, le ciel est d'un blanc tirant sur le gris, au secouuuuuurs ! Je regarde la petite centrale météo sur laquelle de charmants petits nuages dégoulinent de pluie juste pour le cas où je n'aurais pas remarqué le temps qu'il fait dehors. D'habitude, j'ai les pieds froids à partir du 15 août (oui je sais, je suis assez prévisible mais c'est ainsi) mais cette année, j'ai battu mes records de précocité. 91% d'humidité à l'extérieur, qu'elle me dit la centrale météo. Oui je m'en doute, vu qu'il pleut ! Ça existe juste pour nous saper le moral ce genre d'engins ?
Et pour finir en beauté, nous sommes invités ce weekend dans un bled tout paumé des Ardennes ! J'ai regardé sur internet, il y avait 119 habitants en 1999 ! Je pense que plus personne n'a compté depuis, ou alors il n'en reste plus... Et le copain d'O. qui nous invite a précisé "prenez les k-way si on sort". Et pourquoi pas les bottes en caoutchouc ? Au départ, on devait aller le voir à Reims, mais il a opté pour sa maison de campagne. Fallait pas. On moins on serait allés voir la cathédrale et le sourire de l'ange Gabriel, on aurait vu des gens, des magasins, des voitures, la vie quoi. Mais non, on va dans la campagne ardennaise. Peut-être qu'il reste des tranchées à visiter.
Comment ça je suis de mauvaise foi ? Allez c'est bon, j'arrête, ça va peut-être être bien finalement. Ou pas.

dimanche 8 août 2010

Le cerveau est une machine incroyable. Autant il m'affole un peu quand il dysfonctionne, autant il m'émerveille parfois par ses connexions insoupçonnées.
Tout à l'heure, comme il me voyait d'humeur préoccupée et pour me faire rire, O. me dit "dis-moi un titre de chanson, je te la chante". Je réfléchis deux secondes et je dis "Mon frère" de Le Forestier. Il commence "Toi..." et s'arrête interloqué : "aujourd'hui c'est l'anniversaire de la mort de mon frère. J'y ai pensé tout à l'heure, je n'ai pas envie de la chanter".
L'incroyable là-dedans, c'est que je ne pense jamais à cette chanson et que je n'ai pas dû l'écouter depuis au moins vingt ans. Et que personne n'a évoqué ce frère disparu depuis longtemps. Et que j'aurais été incapable de dire la date de sa mort, qui a eu lieu avant la naissance d'O., vers 1960 je pense.
Mais j'imagine que j'ai un jour su cette date, que j'ai lu quelque part qu'aujourd'hui nous étions le 8 août, et c'est tout naturellement que mon cerveau s'est connecté sur cette chanson qui dit "toi le frère que je n'ai jamais eu, sais-tu si tu avais vécu, ce que nous aurions fait ensemble".
C'est magique, cette belle mécanique ! Elle fonctionne à notre insu, réfléchit quand nous croyons dormir, range dans les bonnes cases ce que nous apprenons pendant la journée pour que tout soit bien ordonné et revienne à la mémoire le lendemain (c'est l'image que j'ai toujours eue des révisions).
Il s'appelait Patrice, il est mort enfant de ce qu'on appelle je crois la maladie bleue, quelque chose qui se soigne aujourd'hui. Il s'est écroulé dans la cour de la maison de l'Aveyron sous les yeux de sa sœur, il paraît que pendant longtemps, elle ne supportait pas de voir quelqu'un fermer les yeux.

jeudi 5 août 2010

Qui suis-je, d'où viens-je, où cours-je...


C'est une drôle de période en ce moment. J'ai l'impression d'être en train de basculer dans une autre tranche de ma vie. En fait, ce sont les autres qui m'y poussent, ces sales jeunes qui me font vieillir en grandissant ! Quand les filles sont à la maison, je trouve ça tout à fait normal. Mais le fait d'avoir eu à faire la "belle-mère" avec François cet été me fait me sentir différente. Dans ma tête, je suis comme avant mais j'ai l'impression d'avoir un autre rôle à jouer.
Et en ce moment, je garde la petite Zoé pour une semaine. Hier, dans la rue, je me demandais si j'avais l'air d'être sa mère ou sa grand-mère. Mais de nos jours, il y a plein de grands-mères de 47 ans qui ont l'air jeunes, alors comment savoir ? Et je me dis que quand ma mère avait mon âge actuel, elle était jeune mère de quatre enfants, la plus jeune (moi) âgée de 7 ans.
D'un côté je suis heureuse d'avoir eu mes enfants jeune, c'est ce que j'ai toujours voulu parce que je trouvais mes parents trop vieux. Mais en même temps, je me dis que si je les avais eues plus tard, je serais jeune parce que j'aurais encore des préoccupations au sujet des ados, des problèmes de collège, des réunions parents-profs...
Mais en même temps, ça fait tellement de bien de savoir que les filles font les études qu'elles aiment, qu'elles sont heureuses, que je n'aurai plus jamais de réunion parents-profs (mon cauchemar, je détestais ces séances tellement mal organisées où les parents essayaient de se griller la priorité au lieu de faire la queue comme des gens civilisés) ! Oui je crois que ce qui l'emporte, c'est la satisfaction de les avoir accompagnées jusque là, de savoir que j'ai fait l'essentiel de mon boulot. Alors OK pour la suite, j'arrête de me regarder le nombril en me demandant dans quelle classe on me range.

mercredi 4 août 2010




C'est beau la Côte d'Amour. Le nom est un peu concon, mais c'est beau. L'océan, le ciel bleu, les rochers, les gros bateaux posés sur l'horizon comme pour une bataille navale, c'est vraiment magnifique. Et Pornichet est une petite ville sans prétention, pleine de grands-parents qui emmènent leurs petits-enfants à la plage, de gens à vélo et de jolies maisons qui portent le prénom démodé de la belle qui les a habitées. J'ai aussi vu une résidence qui ressemble un peu à un hôpital pour jeunes filles poitrinaires, face à la mer, un monument de charme désuet. On s'attend à y voir des religieuses en cornette, mais elle est peuplée de vacanciers.
Pas le même style que sa voisine La Baule, petite ville un peu prétentieuse où les magasins vendent forcément des marques connues et hors de prix à des sexagénaires peroxydées, ultra-bronzées et emperlousées. Beaucoup de très belles maisons, quand même, qui ont malheureusement été doublées par un front de mer assez hideux qui les sépare de la vue sur l'océan.
Nous avions loué une très jolie maison à des gens charmants et nous en avons bien profité quand les filles sont venues. A la fin, elle était un peu grande pour nous deux mais ça ne manquait pas de charme.
Nous avons fait du vélo, des barbecues, de la plage, des restos, des marches, de vraies bonnes vacances. Je confirme à PPN que le marché est fabuleux et donne envie d'aimer les fruits de mer à moi qui ne peux les avaler.
J'ai découvert Guérande et j'ai été surprise par sa beauté. Ma grande avait repéré un bijou en ambre dans un magasin et quand son François a demandé à Marielle d'occuper sa sœur un moment le temps qu'il fasse une course, j'ai pensé qu'il allait l'acheter. Et le soir, il lui a offert un volume d'Apollinaire en Pléiade repéré chez un bouquiniste de Guérande. Visiblement, ça a beaucoup plu à Virginie. Ils sont marrants ces intellos... Moi j'aurais préféré le bijou, mais je manque de poésie.
Et maintenant je n'ai pas le temps de m'ennuyer puisque je garde ma petite-nièce Zoé, 14 mois, pour toute la semaine. Ses parents nous l'ont livrée dimanche et la récupèrent vendredi. C'est un vrai petit cœur, je vous en donnerai des nouvelles bientôt. Mais là, elle a fini sa sieste et le devoir m'appelle !

vendredi 16 juillet 2010

Rendez-vous sur le remblais ou au marché, à une terrasse de café ou sur la plage ! Bonnes vacances à tout le monde, je ne suis pas sûre de pouvoir me connecter mais je reviens vous lire en août :D

mardi 13 juillet 2010


Lessivée crevée essorée, je ne suis jamais arrivée en aussi mauvais état aux vacances. En plus Olivier est parti pour une semaine dans l'Aveyron pour conduire et installer ses parents dans leur maison. Voyage en deux jours, courses, médecin, pharmacien, banque, fleurs pour le cimetière, remplissage du congélateur, il n'a pas le temps de s'ennuyer. En même temps, il vit à leur rythme, regarde Louis la brocante, Des chiffres et des lettres et Joséphine ange gardien, ça lui repose la tête !
Ici c'est plutôt la jeunesse qui a pris le pouvoir. Les deux filles sont à la maison, le copain de la grande aussi et celui de la plus jeune fait des passages puisqu'il travaille tout l'été. J'ai l'impression de prendre un petit coup de vieux mais c'est très sympa en même temps. Je suis un peu débordée entre le boulot plutôt intense dans cette dernière ligne droite, les courses, la bouffe pour cinq dont deux grands gaillards qui ont bon appétit (mais ont le bon goût de faire aussi la cuisine parfois, heureusement), les préparatifs pour les vacances, bref, vivement vendredi à midi !
Puis direction Pornichet pour deux semaines, les vacances, la grande maison louée qui semble parfaite, le farniente... le rêve quoi ! Et comme j'ai la bonne idée de faire partie d'une administration où les vacances sont longues, je ne reprends que le 25 août ! Là je sens que vous commencez à me détester, tant pis !!! Il fallait choisir le bon boulot, c'est la vie :D

Bonnes vacances !

lundi 28 juin 2010

Hier, j'ai passé une heure à fouiller la maison de mon enfance à la recherche du portefeuille que ma maman a égaré. Comme elle n'a aucune idée de l'endroit où il peut être, il faut chercher partout, y compris dans les endroits les plus improbables.
Je ne sais pas si j'aime penser à mon enfance ou pas. C'est un mélange de souvenirs heureux et d'autres moins, rien que de très banal en fait. La maison de mon enfance est immense, elle ressemble à un immeuble collectif. Un sous-sol qui est en fait au niveau du sol avec cave, chaufferie, garage. Un rez-de-chaussée avec un appartement qui était à l'origine occupé par un vieux couple qui louait le premier étage à mes parents, puis qui leur a vendu la maison en viager très rapidement. Ils ont vendu à un prix avantageux à condition que mes parents leur versent une rente mensuelle pour aider à payer la maison de retraite où ils se sont retirés. Ils s'appelaient Monsieur et Madame Marchal, on les appelait les Marchaux parce qu'un marchal des marchaux. Le monsieur s'appelait Félix et mon père parlait de sa femme en l'appelant Félicie, même s'il n'était pas question de les appeler par leur prénom, c'était juste entre nous. Bref il y avait ensuite le deuxième étage où nous habitions avant d'avoir toute la maison, puis encore deux chambres tout en haut, dont la mienne. Un jour, un voisin de ma copine Monique regardait la maison d'un air rêveur et il m'a demandé combien on était là-dedans. J'ai répondu six. Six familles ? Ben non, juste six, mes parents, mes deux frères, ma soeur et moi !
Ca m'a fait tout bizarre de farfouiller partout. J'ai revu mon petit fer à repasser rouge, un vieux survêtement de mon père qui m'a fait monter les larmes aux yeux quand je l'ai touché, mon triple-décimètre avec un autocollant Snoopy, une jupe en satin noir que ma mère s'était fait faire pour le bal du lycée, des bandes magnétiques qu'on ne pourra plus écouter faute de magnétophone. Dommage, il doit y avoir quelque part la version expurgée de La chèvre de monsieur Seguin récitée par moi. Mon père avait réécrit la fin et le loup ne mangeait pas la chèvre parce que c'était la nuit de Noël...
Et évidemment, j'ai commencé sans même le réaliser à chantonner "il ne faut jamais revenir au temps béni des souvenirs ceux de l'enfance nous déchirent" et toute cette magnifique chanson de Barbara qui me monte souvent aux lèvres. C'est très bizarre l'enfance, ça émeut mais ça déchire en même temps.

lundi 21 juin 2010


Petit weekend sympa à Paris. Le simple fait de partir, même à 300 kilomètres seulement, me fait toujours le plus grand bien. Shopping dans un centre commercial où nous avons vu une ancienne astronaute - ministre ou secrétaire d'état - surdiplômée mais pas forcément heureuse choisir des sous-vêtements au pas de charge en traînant une ado derrière elle. Déjeuné affalés dans de confortables fauteuils de cuir face à l'Institut du Monde Arabe, où Olivier a pris prétexte de son mal de gorge pour prendre un irish coffee, il dit que ça le soulage mieux qu'un médicament et que c'est meilleur. Pas faux. Tenté d'aller au mémorial de la Shoah, mais c'était un peu idiot vu qu'on était samedi. Remplacé ça par le musée des Hôpitaux de Paris quai de la Tournelle. Constaté que c'était une bonne idée d'avoir inventé l'anesthésie en voyant la malette de chirurgien de Dupuytren....
Mangé le soir avec Virginie et son copain dans un resto italien du boulevard Saint-Marcel. Tenté désespérément d'arrêter Olivier alors qu'il expliquait au-dit copain que Virginie avait une vilaine cicatrice à l'intérieur de la cuisse suite à une méga chute de vélo à 10 ans et qu'il lui décrivait la taille et l'endroit pour qu'il se fasse une idée. Mais tu sais Olivier, je pense qu'il l'a déjà vue, cette cicatrice... D'ailleurs j'ai souvent pensé au futur amoureux de ma fille en voyant ses cicatrices (celle de la cuisse et une au genou datant d'un autre passage aux urgences) quand elle était petite. Je me disais que quelqu'un allait les connaître et les aimer, ces coutures blanches qui témoignent de son enfance.
Apporté un Ispahan pour le dessert du soir. Finalement c'est surfait ce truc, je m'en doutais un peu mais c'est si joli... Et puis Virginie et moi adorons goûter toutes les nouveautés bizarres des pâtissiers chics et hors de prix parfois japonisants, il n'y en a pas dans mes Vosges natales. Trouvé marrant mais bizarre d'être invitée à manger chez ma fille, c'était la première fois.
Pris un petit déjeuner carrément pas bon dans un café du boulevard de Port Royal. Margarine, croissant mou et confiture sans goût, mais le patron était charmant. Voulait m'offrir un deuxième café, mais je n'ai pas pris ce nouveau risque. Réussi à aller au Mémorial, puisqu'on était dimanche. Déjeuné tout près de Panthéon et trouvé la tarte fine aux fraises décevante, mais il paraît que l'irish coffee était bon. Allés au Trocadéro qu'Olivier voulait revoir, vu un écran géant diffusant du foot et eu une pensée quelque peu hilare en pensant au fiasco de nos bleus calamiteux. Puis repris le métro puis le TGV et rentrés avec quinze minutes de retard suite à la divagation d'animaux sur les voies, ça ne s'invente pas.
Et comme toujours quand on va à Paris, j'ai mal aux pattes et je suis contente.

dimanche 13 juin 2010


Ça fait des lustres que je procrastine genre aujourd'hui peut-être, ou alors demain... Et c'est comme ça qu'on arrive à ne plus jamais rien écrire en se disant qu'on n'a rien d'intéressant à dire, qu'on n'a pas le temps, qu'on attend l'idée géniale pour un billet carrément palpitant, ce qui évidemment promet une bien longue attente...
J'ai un tas de mauvaises raisons pour ne pas avoir la pêche. D'abord mon boulot m'ennuie. Ensuite j'y suis entourée de dépressifs. Pas leur faute, je sais, mais comment rigoler avec des gens shootés qui sont absents même quand leur corps est (rarement) présent ? Et c'est contagieux comme tout cette cochonnerie !
Ensuite je ressens toujours cette espèce de vacuité bizarre depuis que ma fille aînée a fini sa prépa. J'ai l'impression d'avoir perdu mon utilité, c'est très bizarre. C'est sûr que je préfère à mille pour cent la savoir heureuse, détendue et épanouie... et en même temps j'ai l'impression que je ne lui sers plus à rien. Rien de plus normal, en fait, mais ça demande un petit temps d'adaptation, il faut trouver d'autres raisons d'exister.
Il me manque des gens vraiment joyeux autour de moi, comme c'était le cas quand la maison était remplie de vie avec mes filles, leurs petites histoires, leurs copains et copines, les repas où on parlait tout le temps... finalement, c'est encore ce problème de nid vide auquel je croyais m'être bien adaptée, mais qui est un poison à diffusion lente.
Mais allez, on se secoue les puces, ras-le-bol de la morosité ! On va à Paris ce weekend, on va au cinéma cet après-midi, on va à Londres en septembre, on va à Pornichet cet été, et surtout on arrête de se regarder le nombril !

dimanche 23 mai 2010

Quand j'étais petite...


Je viens de lire le joli billet d'Heure Bleue qui m'a donné envie de replonger moi aussi dans mon enfance.
Je me souviens qu'un jour, on m'a oubliée à l'école. Je devais avoir quatre ans, j'étais à la maternelle. Je crois que mon père a cru que mon frère allait me chercher, mon frère croyait que c'était ma mère, ma mère croyait que c'était ma sœur... bref personne ne s'est présenté à quatre heures et demie pour me ramener à la maison. L'école était à quelques minutes de chez nous mais j'étais trop petite pour rentrer seule. J'étais une petite blondinette bavarde et souriante, plutôt rigolote parce qu'il faut bien trouver un moyen d'attirer l'attention quand on a deux grands frères et une grande sœur. Je me souviens que j'avais un tablier à petits carreaux noirs et blancs avec une tulipe rouge brodée quelque part. Le rouge était ma couleur, je crois que tous les anoraks que j'ai portés étaient rouges.
La maîtresse s'appelait Madame André et habitait au-dessus de l'école. En attendant que quelqu'un vienne me chercher, elle m'a emmenée chez elle et m'a montré son bébé qui dormait. C'était une petite fille qui s'appelait Emmanuelle. Et puis Madame André m'a donné un sucre d'orge. Je crois que j'étais intimidée mais consciente du privilège d'entrer dans l'appartement de la maîtresse. Je ne sais plus qui est finalement venu me chercher.
Je me souviens qu'à la fête de l'école, le fils de la maîtresse des grands avait joué un morceau de piano. J'ai trouvé qu'il faisait beaucoup de chiqué parce qu'à un moment, il a joué dans les aigus avec la main gauche, ce qui fait que ses mains étaient croisées au-dessus du clavier. J'ai cru qu'il faisait ça juste pour se rendre intéressant, peut-être parce que sa mère était la directrice.
Je me souviens aussi qu'à la fête de fin d'année à la grande école, on nous passait un film. Souvent un Laurel et Hardy, que je détestais, mais parfois "Les voiles écarlates". J'adorais ce film, on y parlait d'une belle qui attendait son amoureux parti naviguer sur un gros bateau à voiles, ça se passait au temps des rois, des belles robes longues et des courageux capitaines qui s'en allaient découvrir de nouveaux mondes. Et puis un jour enfin, elle apercevait les voiles écarlates du bateau de son amoureux à l'horizon, j'adorais ce moment, je me demande si je l'aimerais autant si je le revoyais.
J'ai bien aimé mon enfance, je n'avais aucun souci, je souriais au boucher et il me donnait un rond de saucisson comme je disais à l'époque, je suivais mon père comme son ombre quand il allait faire des courses, je faisais au revoir par la fenêtre à ma mère jusqu'à ce qu'elle disparaisse quand elle partait travailler le matin, mon père m'appelait biscotte, ma mère m'appelait cocotte, c'était la belle vie quand j'y pense.

jeudi 13 mai 2010

La classe

Hier soir, j'ai regardé la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes. J'ai trouvé Kristin Scott-Thomas parfaite, as usual, et j'ai particulièrement remarqué une phrase de son discours. Faisant allusion à son rôle de maîtresse de cérémonie qu'elle avait déjà tenu en 1999, elle a précisé "j'ai pris quelques rides depuis" et a ironisé avec le sourire sur le mode "les actrices sont comme le cinéma, intemporelles, elles traversent le temps", je ne me souviens pas de ses mots exacts.
Et en fait, j'ai trouvé ces quelques mots carrément révolutionnaires, presque subversifs. Une actrice qui va avoir 50 ans dans quelques jours plaisante devant les photographes du monde entier sur ses rides, quelle assume avec classe et panache. Quel pied de nez à toutes ses consœurs à la bouche en bec de canard et à la peau éternellement luisante à force d'être tendue ! Elle était magnifique, spirituelle, élégante, la classe internationale. Et face aux L'Oréal girls qui étaient dans le public juste pour faire joli et montrer à la télévision leurs cheveux soyeux, leur peau de rêve et leur sourire éblouissant, j'ai trouvé qu'elle dégageait quelque chose d'autrement plus puissant.
Résistons mes sœurs ! Pas de silicone, pas de botox, essayons juste de garder le sourire et la pêche afin que nos rides aillent dans le bon sens, celui des coins de la bouche qui remontent et des yeux qui plissent à force de rire :)




jeudi 6 mai 2010

Nuit de Chine, nuit câline

L'autre soir, nous avons passé une nuit incroyable Olivier et moi. Une nuit comme nous n'en avions plus connu depuis bien longtemps. A tel point que le lendemain... ni lui ni moi ne sommes allés travailler. Tant pis pour le boulot, on passe la journée au lit ! Tant pis pour les courses qu'il fallait faire, à peine pris le temps de donner trois croquettes à Pistache et hop ! on y retourne. Nous n'avions plus connu ça depuis des années, depuis que les filles étaient petites. Deux jours après, nous en avons toujours les yeux cernés.
Bon d'accord, mon humour est un peu lourdaud, mais quand même, ça faisait au moins dix ans qu'on n'avait plus connu une gastro foudroyante, concomitante et épuisante de cet acabit ! Et c'est une adorable petite Zoé d'un an à peine qui nous a refilé cette cochonnerie, avec son air angélique et ses joues couleur carotte. Faut se méfier des bébés...

lundi 26 avril 2010


Quand ma mère fait un grand voyage, ou même parfois sans raison, elle me rappelle ce que je devrai faire après sa mort. Elle a un cahier où tout est écrit. Les placements bancaires, les assurances-vie, le marbrier à prévenir, la mutuelle qui prend en charge une certaine somme, l'endroit où la clé du coffre est cachée (le coffre contient essentiellement de vieilles alliances dont on a depuis longtemps oublié le propriétaire, des diplômes universitaires, peut-être le premier triton d'un de mes frères ou un accessit de solfège de ma sœur ou moi).
Elle est contente de pouvoir m'en parler, ça lui fait du bien de savoir que tout est en ordre et que nous ne serons pas pris au dépourvu par le côté matériel. Ça l'agace que mon frère aîné pousse des cris et l'arrête lorsqu'elle essaie d'aborder le sujet. Il refuse d'envisager l'hypothèse que sa mère puisse mourir.
Moi j'écoute ma mère en souriant, je lui demande quand elle aura fini ses mémoires d'outre-tombe, on en rit en disant que ça ne fait pas mourir d'en parler.
Si je ne savais pas que ce n'est pas sa faute, je trouverais la réaction de mon frère égoïste. Mais il n'y peut rien, c'est un grand anxieux très attaché à sa maman, il ne peut même pas envisager l'idée. J'aime beaucoup ma mère aussi, je sais qu'elle me manquera terriblement le jour venu, bien plus que tout ce que je peux imaginer, mais je sais qu'une dame de 87 ans peut décemment envisager de mourir sans que ce soit scandaleux. Et je pense que la meilleure façon de l'accompagner, c'est d'accepter d'envisager cette idée avec elle. Je pense que pour partir serein, il faut savoir que ceux qu'on laisse vont l'accepter. Souffrir bien sûr, pleurer, mais qu'ils garderont le meilleur de nous pour que ce soit une force vivante en eux, pas un chagrin inconsolable.
Je tire peut-être cette quasi certitude de la personnalité de ma mère. Elle a une volonté de fer, une vitalité incroyable, une force de vie hors du commun. Je pense que cette petite flamme ne s'éteindra jamais vraiment et que j'en garderai une parcelle en moi. Mais je sais que si j'ai la chance d'être à ses côtés le jour où elle s'éteindra, je lui dirai qu'elle peut partir, que tout se passera bien pour nous, que je m'occuperai du notaire, des terrains, de la maison et de mon grand frère s'il a trop de chagrin.

lundi 19 avril 2010

Vacances... une semaine où j'ai pris la ferme résolution de ne rien faire. Je pense que je devrais y arriver, je suis un monstre de volonté. Pour commencer, j'allume la télévision et je tombe sur "Les maternelles", une émission que je regarde rarement mais que j'aime bien. Ça me touche forcément toujours à un titre ou à un autre. Thème d'aujourd'hui : j'ai peur d'accoucher.
Ouh laaaaa ! ça me ramène 21 et 18 ans en arrière, et pourtant c'est tellement proche ! Et je m'agace moi-même en regardant parce que je ne peux pas m'empêcher de juger une jeune future maman enceinte qui a très peur d'accoucher, explique que son enfant n'était pas souhaité et a peur d'un tas de choses. Je la trouve un peu égocentrique, presque violente dans ses propos avec son enfant, très préoccupée de sa personne.
Moi tout simplement je serais bien rentrée à la maison le soir où ma grande est née (enfin, avant qu'elle ne naisse), mais ils n'ont pas voulu me laisser partir. D'accord c'était le jour du terme, d'accord rien ne se passait e j'aurais pu rentrer, mais sous le fallacieux prétexte que j'avais une tension XXL et que c'était dangereux pour ma passagère et moi-même, ils m'ont gardée, piquée, monitorée et, merci la tension finalement, périduralée d'office puisque ça la fait baisser. Mais évidemment, la péridurale n'est pas faite tout de suite, on attend que le travail artificiellement provoqué soit déjà bien commencé. Et je ne sais pas ce qu'ils injectent, mais pour contracter ça contracte !
J'en ai gardé l'impression que tout allait trop vite, que c'était beaucoup plus facile de respirer en rythme pendant la préparation à l'accouchement que pour de vrai, que j'avais l'impression d'être plutôt nulle en fait. Et à la fin, j'ai eu envie de frapper la gynéco qui recousait tranquillement mon épisio alors que la péridurale ne faisait plus effet, j'ai eu l'impression qu'elle passait des plombes à faire du point de croix pour l'amour de l'art, j'avais juste envie qu'elle s'arrête ! Et ensuite, quand j'ai pensé à ma voisine qui allait accoucher un peu après moi, j'ai été prise d'une grande pitié pour elle, la pauvre qui allait devoir subir ça, fallait que quelqu'un la prévienne ! En plus dans l'urgence, mon mari avait sorti une moche petite grenouillère bleue au lieu du joli petit pyjama que j'avais préparé et vu l'état nerveux et hormonal d'une jeune accouchée, je vous laisse imaginer la facilité avec laquelle cette petite erreur s'est transformée en drame affreux. Mais bon je vous rassure, la puce allait très bien et j'aurais pu allaiter tout l'étage avec ma production laitière, un peu plus et je dépassais les quotas européens.
Pour la petiote en revanche, ça a été beaucoup plus cool. Comme j'étais au bord de l'explosion et qu'elle faisait déjà un poids respectable à huit mois de grossesse, ma gynéco a décidé de programmer sa naissance en douceur. Elle a sorti son calendrier et m'a fait choisir entre trois dates, deux en mai et une en juin. J'ai choisi le 31 mai parce que c'est un joli mois et que c'était un vendredi, je me suis dit que toute l'équipe médicale serait de bonne humeur un vendredi. Je suis allée chez ma gynéco le jeudi, une patiente sympa a fait la causette à Virginie (pas tout à fait 3 ans) dans la salle d'attente pendant que la toubib m'auscultait de façon à déclencher le travail tout doucement, sans produits chimiques. On est rentrées, mes parents sont arrivés, on a mangé jambon-patates-salades avec du rosé (enfin eux et Olivier, pas moi) et on s'est couchés. J'ai passé une nuit moyenne avec surtout mal dans le bas du dos puis on s'est rendus à notre rendez-vous de 6h30 à la clinique.
Et à 9h30, elle était là ! Les cheveux noirs frisés et le teint mat qui a d'ailleurs rapidement viré à l'orange, rapport à la jaunisse. Effectivement, tout le monde était de bonne humeur. Je me rappelle que la gynéco a expliqué un tas de choses à Olivier, elle est même partie rechercher le placenta dans la poubelle (ou presque) pour lui en expliquer les secrets.
En fait j'ai trouvé ça un peu frustrant, les accouchements. J'aurais voulu faire mieux, mais j'ai fait comme je pouvais. J'ai eu la chance d'avoir la péridurale pour les deux, mais ça n'a quand même pas été un chemin semé de pétales de roses. Ça va trop vite, c'est violent, un mélange d'ultra médicalisation et de foncièrement animal. Mais il reste une magie dont je pense qu'on ne se lasse pas. Ma fille aînée est née à 2 heures de matin par une nuit calme où j'étais la seule à accoucher et tout le monde a pointé le bout de son nez pour voir ça, sages-femmes, infirmières, anesthésiste. C'était très sympa. Pas de la curiosité, juste le miracle d'une naissance qu'ils venaient voir juste pour le plaisir, eux qui en voient tous les jours.

dimanche 11 avril 2010


Grande discussion hier soir à la maison. Notre psy en herbe, en pleines révisions, nous parle de ses cours et notamment concernant l'éducation des enfants. Elle a notamment appris que les parents naviguaient entre culpabilité et anxiété. Effectivement Sigmund, je confirme, moi aussi j'avais remarqué.
Et au moment où je dis "je sais que j'ai été une mère stricte", les voilà toutes les deux qui partent d'un grand éclat de rire genre "elle est bien bonne celle-là".
C'est fou le bien que ça m'a fait !

lundi 5 avril 2010


Bien sûr qu'on ne montre qu'une facette de soi-même dans un blog. Celle qu'on a envie d'exprimer, qui, comme par hasard, nous valorise ou nous attire de la sympathie, de la compréhension ou de l'admiration. Et on fait ça de bonne foi, sans vraiment le faire exprès.
Quand je me relis, j'ai parfois l'impression de lire le journal des bisounours, là où tout le monde est merveilleusement gentil et sympathique. Or je suis loin d'être une fille gentille. Je crois que beaucoup de gens me perçoivent comme telle, mais moi je sais que c'est faux. J'ai même longtemps eu peur d'avoir un mauvais fond.
Il se trouve que je déteste les gens toujours souriants et bienveillants. Je me méfie d'eux comme de la peste. Personne ne peut aimer tout le monde, ne jamais émettre la moindre critique, ne jamais se fâcher. Ou alors il faut mentir. Et ce qu'on fait passer pour de la gentillesse est en fait de l'indifférence.
Je crois que tout ce problème vient de mon père. Il se fâchait très rarement et ne livrait jamais ses sentiments, ce qui fait que je n'ai jamais su ce qu'il pensait de moi. Ma sœur lui ressemble beaucoup de ce point de vue là et j'ai de plus en plus de mal à la supporter.
Donc quand abcès il y a, je le crève. J'appuie là où ça fait mal jusqu'à ce qu'on ait éclairci les choses. Et si je ne me donne pas cette peine, c'est que j'estime que la personne n'en vaut pas la peine. Dans ce cas, la conversation se limite au minimum socialement acceptable. Pour le reste, mes filles connaissent ce côté délicatement bulldozer de leur chère mère. C'est vital pour moi, je ne supporte pas le malaise, le non-dit, arrive un moment où la vérité toute nue sort de ma bouche avant que j'aie pu réfléchir à une formulation diplomatique.
Cela dit, et après toutes ces années, j'en viens à penser que peut-être, mon père pensait du bien de moi. Disons qu'en bonne admiratrice de Marcel Rufo, je trouve que mes relations avec lui se sont beaucoup améliorées depuis qu'il est mort...

samedi 27 mars 2010

Ça y est, je suis allée chercher mon étudiante à la clinique ce matin et je l'ai ramenée chez elle après un saut à la pharmacie. Chez elle, enfin dans la cité universitaire excentrée où la gentille municipalité de ma ville parque les étrangers. Ce sont surtout des Gabonais et des Chinois perdus à des milliers de kilomètres de chez eux, et qui bien sûr ne rentreront pas aux grandes vacances parce que l'avion est trop cher. Du moins pour les Africains, je crois que nos Chinois sont plus fortunés.
Je les plains d'être dans ma ville. Vu sa taille modeste, il n'y a aucun magasin leur permettant d'acheter le manioc et les autres ingrédients qui sont la base de leur cuisine. Il faut aller à la grande ville universitaire qui se situe à une heure de train et ils n'en ont pas toujours l'occasion ni les moyens. Et ici, comme il y a très peu de Noirs, ils ont beaucoup de mal à trouver des stages pour leurs études ou des jobs de vacances. Le Front National était toujours présent au deuxième tour des régionales, ça donne une idée de l'état d'esprit de certains.
J'ai regardé le profil de mon étudiante sur F@cebook (il va falloir que je lui dise que tout le monde peut y accéder, encore une victime de FB) et une phrase qu'elle mettait à une de ses sœurs restée au pays m'a glacé le sang. Lui expliquant ses difficultés pour avoir un vrai diagnostic malgré ses visites répétées à l'hôpital ou chez le médecin, elle a écrit "je suis un peu malade, il n'y a que la prière qui m'aide, parce que dans les hôpitaux ici, c'est comme un péché d'être Noire, tu comprends ?".
C'est là qu'on est fier d'être Français...

mercredi 24 mars 2010

Rien de spécial à raconter. Fait beau, les oiseaux chantent, cui cui.
Ah si, j'ai appris lundi qu'une de nos étudiantes venant du Gabon avait été opérée d'urgence en fin de semaine dernière pour une infection gynéco un peu moche. Sachant qu'elle n'a aucune famille sur place, je l'ai appelée pour savoir si elle avait besoin de quelque chose. Comme elle est un peu timide, j'ai joué à fond la carte maternelle genre "j'ai deux filles de votre âge, dites-moi s'il faut vous laver du linge ou vous apporter quelque chose, je sais ce que c'est". Elle a accepté tout de suite et m'a dit qu'il lui fallait une chemise de nuit. Comme je lui ai donné mon numéro de portable, elle m'a ensuite envoyé un sms me demandant aussi un gant de toilette et des serviettes périodiques.
Pauv' poulette ! Du coup je suis sortie plus tôt, je lui ai acheté deux chemises de nuit, des culottes, une brosse à dents, des SP (c'est le nom de code à la maison), j'ai pris des gants de toilette chez moi, des petits savons parfumés et j'ai filé à l'hôpital lui apporter tout ça. Trois jours après l'opération, elle était toujours vêtue de la ravissante chemise jetable ouverte dans le dos. Il était temps de s'en occuper !
Mais en fait, ce qu'elle a le plus apprécié dans mon petit sac, c'est Gala et Glamour ! Et aujourd'hui, elle a demandé à la prof qui va lui rendre visite de lui en apporter d'autres du même style. Je trouve ça mignon et puis ça veut dire qu'elle va mieux, alors je suis contente. On devrait toujours penser à l'inutile, au futile, au joli, au rigolo, au "juste pour le plaisir" surtout quand tout n'est pas rose autour. Un peu de douceur dans ce monde de brutes, en quelque sorte.